Les Films du Renard
Stephen Dwoskin — 14 Films
Stephen Dwoskin — 14 Films

Textes du livret

François Albera · Cathy Day · Michel Barthelemy

François Albera

Stephen Dwoskin

Né à New York en 1939, plus précisément à Brooklyn dans une famille

modeste venue d’Odessa, Steve Dwoskin contracte la poliomyélite

à l’âge de 7 ans et demeure invalide. Il suit des études artistiques

(avec de Kooning et Albers comme professeurs), puis la New York

University et la Parsons School of Design. Il fréquente les milieux

de Greenwich Village, notamment Andy Warhol, Allen Ginsberg,

Robert Frank, découvre le cinéma expérimental avec Maya Deren.

Les films « underground » transgressifs de Jack Smith et Ron Rice

le marquent. Il publiera plus tard un livre sur ce cinéma, écrit de

manière toute personnelle, un témoignage engagé, film is… A cette

époque, rappelons que la police américaine procédait à des

« descentes » dans certains lieux où l’on projetait les films

expérimentaux et qu’elle saisissait et détruisait les copies, arrêtait

les organisateurs, cinéastes et quelquefois spectateurs, sur le modèle

de la Prohibition ! Ce cinéma inadmissible pour ne pas passer par les

standards et les canaux commerciaux était alors taxé de

« pornographique ».

Après avoir exercé des activités de photographe et de graphiste,

Dwoskin travaille pour CBS comme art director tout en réalisant

des films personnels avec de la pellicule récupérée. Le premier

d’entre eux, Asleep, remporte un prix à la Biennale de Venise.

En 1964, il bénéficie d’une bourse pour se rendre en Grande Bretagne

où il s’installe et impulse un courant de cinéma indépendant

(la London Film-Makers’ Cooperative). Dans les années 1970,

il tourne des longs-métrages qui le font reconnaître au-delà du

mouvement expérimental et soutenir par des institutions et des

chaînes de télévision culturelles (en particulier la ZDF allemande).

Après une période consacrée à des documentaires subjectifs sur des

artistes, comme le photographe Bill Brandt ou le phénomène des

Ballets nègres, son cinéma s’infléchit vers le journal intime à mesure

que sa mobilité se réduit.

Dans cette œuvre, la division entre New York et Londres au plan

géographique se double donc d’une division entre une période

expérimentale proprement dite (jeu sur les constituants filmiques,

le cadre et le hors-champ, la durée, la répétition) et une période plus

complexe du point de vue dramaturgique et narratif.

Mais toute son œuvre est une exploration de la problématique du

voyeurisme, du rapport à l’autre que cet homme-caméra tente

d’approcher ou de s’approprier en dépit de son immobilité, développant

toute une dimension tactile du regard. Ainsi Dyn-Amo, qui filme le

spectacle théâtral d’une scène de strip-tease minable où deux jeunes

femmes se font maltraiter par un gigolo en un cruel et lancinant rituel

sado-masochiste. La caméra promène sur la scène un regard sans cesse

en défaut, qui rate, décadre, fragmente, jusqu’à fixer avec insistance,

au-delà du jeu, du maquillage, le désarroi de l’actrice dès lors mise à nu

tout autrement que dans son corps. La fixité, l’obstination de ce plan font

se retourner le regard de la « victime » vers le spectateur constitué

lui-même en sadique. Tous ses premiers films (Alone, Trixi, Moment,

Times For) effectuent une subtile déconstruction du système

conventionnel du regard masculin que les genders studies aborderont

plus tard au sein du cinéma dit « classique » : c’est d’ailleurs à partir

d’une réflexion sur Dwoskin (dont elle était proche à Londres) que

Laura Mulvey développa les bases de cette approche en un texte

devenu la référence obligée des études « genres ».

Sans rien oublier de ses premières expériences limites, Dwoskin tourne

ensuite des fictions, y compris une magnifique adaptation de Wedekind,

Tod und Teufel où l’espace intersticiel, les faux-mouvements sont filmés

pendant des actes de paroles, plutôt que les personnages et leurs faits

et gestes. Inspirés par la lecture d’Erwin Goffmann, plusieurs films

prennent la claustration pour condition, en observent les effets sur les

reclus, en particulier les stratégies de mise en scène de soi, de séduction,

les rapports de force (Central Bazaar); dans quelques cas, Dwoskin met

lui-même en scène son corps d’invalide (Behindert) ou consacre tout

un film aux déréglements qu’induit le handicap dans une société

normalisée, poussant leurs conséquences jusqu’au burlesque (Outside In).

Sa proximité avec le surréalisme (Aragon, Georges Bataille) et ses

précurseurs (Jarry, Carroll) nourrit son approche de l’érotisme dans

ses films des années 1980 (Shadows from Light sur la photo de

Bill Brandt, Further and Particular d’après Ma Mère de Bataille et le

Dr Faustroll de Jarry). Après des films sur la peur et la douleur puis la

mémoire et l’enfance utilisant des films de famille où on le voit, enfant,

gambader (Trying to Kiss the Moon), il renoue avec l’expérimentation

grâce à la caméra numérique et l’ordinateur qu’il peut utiliser depuis

son lit d’hôpital. Ce journal intime adopte le régime narratif du

monologue intérieur qui permet de mêler à la situation de l’énonciateur

de plus en plus difficile (hospitalisations, assistance respiratoire),

fantasmes et rencontres aléatoires de visiteurs ou de soignants, dérives,

collages et réminiscences.

Paru dans la revue Zeuxis (France) Juin 2004 avec l'aimable autorisation

de l'auteur ©François Albera

François Albera

Stephen Dwoskin, une poétique de l’« empêchement »

Stephen Dwoskin, une poétique de l’« empêchement »

Le cinéma de Dwoskin des années 60-70, parce qu’il est celui d’un

homme-caméra, un regard appareillé, et que cet homme, ce regard,

est empêché (behindert), non pas comme le veulent les expressions

lénifiantes du soft-social, « à mobilité réduite » mais carrément planté

au sol sur des béquilles ou cloué au lit ou reclus dans un coin, sur

une chaise ou un fauteuil (fût-il roulant), ce cinéma touche à l’essentiel

de ce qu’est une caméra de cinéma : figée, pesante, malhabile, borgne,

bornée, peu sensible à la lumière. Dans ses premiers films (notamment

Asleep, Alone, Naissant, Soliloquy, Take Me, Moment, Trixi,

Jesus Blood…), il s’agit souvent d’une stratégie de « coup », comme

on tente un coup aux échecs (d’ailleurs : Chinese Checkers), un parti pris,

disons minimaliste, une restriction qui doit susciter un maximum d’effet

en face. Un rapport de force. La personne filmée est collée au mur, cloué

sur son lit, traquée et ce dispositif coercitif, lancinant se déploie ou se

creuse par le montage, le zoom, la répétition, le ralenti. Le sujet ainsi

pris au piège du regard, craque, jouit, lâche, frise l’anéantissement.

Dans Dyn Amo (mais aussi Me Myself and I) cependant, on voit bien que

celui qui filme ainsi, s’il exerce cette violence du regard n’est cependant

pas dans une position de maîtrise. Au cœur de ce rapport qui semble de

corps à corps mais n’est que regard empêché, surgit un espace

d’évitement, de ratage, de dérapage. Et puis, si l’on prend par décision

démonstrative et par choix d’élection Tod und Teufel comme film-pivot,

ce cinéma semble déplacer son objet sur ce « ratage » justement,

il tourne autour des sujets filmés s’intéresse aux interstices, à l’espace

entre les gens, l’air, à filmer la peau, le geste esquissé et retenu,

le cillement d’une paupière, le frémissement d’une narine, un

tremblement. Enfin, grâce à l’allègement continu de l’appareil désormais

appendice de la main, caméra-stylo, — et non stylo de l’écrivain par

lequel Astruc croyait libérer le cinéma, mais le « style » de Marey qui

traduit les moindres réactions du sujet, de l’animal et les inscrit sur le

cylindre de papier millimétré) —, la caméra se délie, danse et caresse

ses sujets. Alors commence une exploration qui confond le grain de la

peau et celui de la bande video ou du disque numérique, pores et pixels.

Le peintre Dwoskin retrouve l’épaisseur de la matière sur son ordinateur,

il superpose les couches d’images, les mêle, revient en des repentirs

qui sont des aveux sensuels.

Revenons à la première époque ainsi dénommé par commodité de

présentation car bien sûr ce qu’on a, en ces trois moments, désigné doit

être plutôt abordé en tant que « dominante ». Ces entraves à

l’omnipotence et à l’omnivoyance que pourtant ceux qui parlent de

cinéma nient pour en appeler à « toujours plus » d’ubiquité, de mobilité,

de légèreté, un cinéma « total » voire même plus de cinéma du tout,

confondu avec la réalité, elles sont pour d’autres constitutives du

regard filmique. Edison, dit Sadoul à de multiples reprises, a

« lourdement fixé au plancher de la Black Maria », « voiture cellulaire »,

la caméra, elle est empesée. Méliès, l’a-t-on assez dit, filme

frontalement la scène du théâtre Robert-Houdin, « du point de vue

du Monsieur de l’orchestre ». Après lui, après eux, grâce au montage,

grâce au découpage, cette caméra s’envolera « sur un tapis volant »,

elle soulèvera les toits comme Asmodée, elle s’insinuera partout,

omnisciente. D’autres, comme Arnheim, ont érigé les entraves en bases

constructives de la démarche artistique : puisque l’angle me limite,

la planéité de l’image aplatit, la focale déforme, la lumière simplifie le

réel perçu, l’art comblera ces manques, suppléera ces handicaps de

l’appareil par la suggestion du hors champ, la composition du cadre,

l’arrangement savant des ombres et des lumières.

On voit bien que le handicapé Dwoskin, entêté à tenir lui-même sa

caméra alors qu’il doit caler sous ses bras deux béquilles tout droit

sorties d’une gravure de Callot, qu’il doit assurer les courroies et les

jambières de chevalier médiéval qui lui enserrent ses jambes sans force,

on voit bien que ce cinéaste-là pourrait correspondre et au modèle de

cette caméra entravée et à cet artiste empêché de tout saisir et qui

creuse la portion de visible pour en développer la métonymie du tout,

projetant de la sorte un monde « construit ». Les sémiologues ont

postulé, en effet, que pour qu’il y ait « diégétisation », il fallait qu’il y

ait construction d’un monde, effacement du support et création d’un

espace habitable par un personnage. Tous les procédés de

« suppléance » que l’on mobilise (du découpage au montage, du

mouvement d’appareil à l’éclairage, aux trucages même) vont en ce

sens. Quelque invraisemblable que soit le monde construit (dinosaure,

martien, parrain, gladiateur, agent secret) il s’agirait d’un monde

habitable par l’homme et d’un monde possible ! Plaisants humoristes

que les sémiologues… Dwoskin fait exactement l’inverse : il explore

l’inhabitabilité du monde, par lui à qui toutes les commodités sont

refusées (même de s’asseoir comme l’y invite telle bonne âme

insouciante) mais aussi bien par tous — il en aura perçu l’hostilité

avant les autres — et, à l’intérieur de cette hostilité, de ce refus,

de cette clôture, il creuse les interstices de la survie, les échappées

de l’imaginaire, les attentions minuscules à des détails, des

mouvements amorcés. Habiter ce monde inhabitable, comprendre

que cela passe par les sensations que procurent l’épaisseur du support,

la matière même de ce qui fait médiation entre lui et les autres, lui

et ce monde justement, non pas un monde construit par lui (le fameux

univers romanesque de l’écrivain) mais ce monde-là, auquel se confronter

désespérément puisqu’il n’y a que lui et dont les couches, les replis

recèlent sans doute les conditions de la survie : sensualité, désir,

jouissance, étonnement, ravissement.

Texte du livret du coffret 5DVD ©les films du renard/François Albera

François Albera

Steve Dwoskin : DV on SKIN

Steve Dwoskin : DV on SKIN

Dans sa plus récente période le cinéma de Dwoskin offre un nouveau type

d’image: une image-geste. On peut la repérer dès le filmage où la légèreté

de la caméra dv qu’on tient à bout de bras ou de doigt, permet une

mobilité de pinceau. Affranchis de tout cadre narratif, les derniers films

(Some Friends, Lost Dreams, Dad, Dear Frances) offrent ainsi au spectateur

une envoûtante suite de variations sur des visages, des objets, des lieux,

des ébauches d’actes. La caméra balaie, reprend comme le peintre repasse

sa brosse sur la même portion de toile, épaississant ou au contraire étalant

la couleur, la mélangeant à une autre, recouvrant une figure. A la différence

que chez Dwoskin, puisqu’on est dans la forme temporelle du film, ces

retouches ou ces repentirs sont successifs, ils s’enchaînent et ne disparaissent

pas sous la dernière «couche». En d’autres termes, l’immédiateté qui nous

est transmise par cette caméra tactile se complique en se projetant dans le

déroulement du film lequel nous donne à voir toutes ses phases, nous montre

ses dessous. Ce n’est pas du tout qu’on voie l’image finale «se faisant»

(comme dans Matisse peint ou le Mystère Picasso) : on étale dans le temps

les variations, les retours, sans que ce chemin se consume dans sa fin.

Il demeure continue oscillation entre ces différents états, ces couches qui

génèrent un sentiment de réminiscence incertaine.

On peut ensuite repérer cette image-geste dans ce qu’on appelait auparavant

le «montage», moment du travail d’assemblage des images réalisées (rushes).

Sauf que sur l’ordinateur, les images ne restent plus telles qu’elles furent

enregistrées : le cinéaste reprend un mouvement filmé, le ralentit,

le duplique, le surimpose à un autre, l’agrandit. Il filme encore au moment

du montage… Il s’est approprié le laboratoire auquel on pouvait demander

certaines opérations mobilisant la chimie, le banc-titre. Vertov disait que

le montage commençait au tournage, on peut maintenant dire que le

tournage se poursuit au montage.

C’est que le numérique, dépassant la video qui offrait une texture de lignes

vouées à reproduire la ressemblance iconique, retrouve la matière. Celle de

la pellicule, le grain photographique, les sels d’argent. Ses molécules à lui,

ce sont les pixels. Et par là il se rapproche encore de la peinture, ses

pigments, ses coulures, des épaisseurs.

A condition bien sûr de ne pas asservir la technologie numérique à la

figuration du cinéma et de la télé, à l’icone analogique. A condition de

l’appréhender dans son épaisseur, sa part d’opacité, de résistance à la

«lisibilité». Plusieurs parmi les jeunes cinéastes ou artistes – souvent

des femmes – qui utilisent la caméra dv et l’ordinateur jouent de ces

potentialités, ont su en jouer : Valérie Pavia (le Jour de l’ours), Claire

Angelini (Réciprocités) par exemple, dont les travaux ont été récemment

montrés dans des galeries à Paris.

Dans cette démarche, la question de la «signature» des images ou de leur

origine se trouve relativisée : Dwoskin retravaille des super 8mm de famille,

il demande qu’on le filme sur son lit d’hôpital, il peut prendre son bien où

il veut, c’est son travail sur l’ordinateur qui compte.On voit bien le chemin

récemment parcouru quand on compare Dad et Trying to Kiss the Moon, où

apparaissaient pour la première fois ces super 8mm, mais dans une

perspective avant tout iconique. Aujourd’hui leur texture compte autant

que leurs figures.

Ces changements techniques et d’expression ont déplacé ce qui était

structurant dans le cinéma de Dwoskin, l’érotisme du regard, du point de

vue sur le sujet filmé. Certes chez lui la représentation était problématisée

à l’extrême, grâce à une écriture fondée sur l’évitement, le ratage, le

décentrement. Dans son chef d’œuvre, adaptation de Wedekind, Tod und

Teufel, il ne filme que l’espace entre les êtres, des ébauches de gestes,

le bruissement de la parole, retrouvant les «tropismes» d’une communication

impossible. Maintenant son objet, c’est l’exploration de la texture même de

l’image, le grain. Filmant Bill Brandt et ses photos (Shadows from Light),

il avait déjà approché cette dimension, mais aujourd’hui on ne se met plus

à distance : il se dégage dès lors un sensualisme diffus de ce cinéma de

la peau. Le «digital» caresse de la main, des doigts.

On s’éloigne ainsi du «3e œil», du regard délégué à l’appareil qui traquait

souvent son objet, le violentait (Moment, Dyn-Amo et surtout : Trixi).

La caméra dv, comme l’appareil photo numérique, se tient à bout de bras :

ils sont plus geste que regard, plus engagés dans le monde filmé que

spectateurs derrière l’œilleton, ou du moins ils combinent les deux moyens,

comme le préconisait Diderot dans sa «Lettre sur les aveugles».

Cathy Day

Je filme donc nous sommes

Si l’oeuvre cinématographique de Stephen Dwoskin est à la fois sublime et

inclassable, c’est qu’elle excède toujours les enjeux formels, poétiques ou

narratifs qui la constituent. La beauté – parfois presque insoutenable –

de ses films, la virtuosité de ses compositions de cadres, la maîtrise de

la lumière, la précision rythmique de la succession et de l’interaction des

plans, la mélodie singulière de ses bandes-sons forcent l’admiration.

Mais l’essentiel est ailleurs.

L’essentiel, c’est l’expérience – au double sens du mot francophone, à la fois

experience et experiment – dont chacune de ses œuvres rend compte et

à laquelle chacune de ses œuvres nous convie.

Je filme donc je suis pourrait en effet être le premier terme de l’équation

cinématographique de Dwoskin. Ses films - que certains ont comparés à ceux

d’un entomologiste – explorent sans complaisance et sans contraintes

morales ou esthétiques préalables l’objet de son regard. Le cinéaste ne

montre pas ce qu’il voit, il donne à voir ce qu’il découvre du monde, de soi

et de l’autre en le filmant, et que seul le geste cinématographique est à

même de révéler : le cinéma comme clé du monde.

Je te filme donc tu es, tel pourrait ainsi être le second terme d’une tentative

de définition de son œuvre. Ce n’est pas que le cinéaste ait toujours filmé des

femmes, mais aussi des hommes, qu’il a aimés, leur offrant en partage

l’expérience humaine (ici cinématographique) la plus importante à ses yeux ;

c’est plutôt qu’il a toujours aimé ceux qu’il a filmés, sa caméra instaurant

avec eux un rapport d’une intensité et d’une intimité rares.

La caméra de Dwoskin ne capte en effet rien qui lui préexiste : c’est le

rapport qu’elle instaure avec l’autre qui fait advenir les êtres et le monde

qu’elle donne à voir. Mais les deux premiers termes énoncés seraient vains

s’ils n’étaient complétés d’un troisième qui donne à l’œuvre de Dwoskin sa

véritable puissance :  je filme donc nous sommes.

Le spectateur n’est en effet jamais le tiers exclu de ce rapport à soi et au

monde : c’est parce que nous le regardons regardant que les deux premiers

termes de l’équation opèrent. C’est de notre propre condition humaine, de

notre désir, de notre jouissance comme de notre douleur que ses films

rendent compte, radicalement.

Michel Barthelemy

À propos de quatre films de Stephen Dwoskin

A propos de quatre films de Stephen Dwoskin

Dans Pain is, Dwoskin remarque : Si vous effleurez le bois avec le doigt,

vous sentez le bois ; si une écharde vous blesse, vous allez sentir votre

doigt. C’est ainsi que fonctionne la douleur. C’est aussi la manière dont

fonctionne le cinéma de Stephen Dwoskin. Ce n’est pas un cinéma lisse

que l’on peut se contenter de caresser du regard, d’effleurer de la pensée,

un cinéma dans lequel il est permis de s’oublier et d’oublier le monde.

C’est un cinéma qui blesse et qui fait exister et qui ravit et qui soigne,

un cinéma qui, comme l’écharde fait prendre conscience du doigt, nous

fait prendre conscience de notre regard.

Dwoskin est le plus souvent envisagé, de par le contexte de son arrivée

dans le monde cinématographique, comme un cinéaste expérimental – ce

qu’il est, à l’évidence, comme tout artiste véritable –, mais cela crée un

malentendu – et des difficultés de distribution de ses films – dans la mesure

où, aussitôt, on le pense – le monde est routinier et la pensée – comme

avant tout dominé par des préoccupations formelles et, de ce fait, peu

accessible à un vaste public et d’ailleurs peu soucieux de le conquérir.

Or ce n’est pas ce que dit Dwoskin. En 1981, déjà, il explique : Behindert

était destiné à un public de télévision et il était plus facile de lui faire

comprendre ce que je voulais dire en me mettant directement en scène.

Mon but est de faire des films qui marchent aussi bien au cinéma qu’à

la télévision.

Et à la question suivante : Un film de télévision est plus vu qu’un film

commercial (et a fortiori qu’un film de recherche). Comment vis-tu cette

contradiction ?, il répond : Je ne trouve pas ça fascinant. Je pense que

beaucoup de gens peuvent comprendre mes recherches. Je crois beaucoup

plus au public que les gens qui réalisent des programmes de télévision.

Propos qui peuvent paraître convenus, mais, en 2004, dans un texte qui a

paru dans le n° 50 de Trafic et intitulé Réflexions. Le moi, le monde, les

autres, comment cet ensemble se fond dans mes films, Steve Dwoskin

développe les valeurs qu’il attache à son métier de cinéaste.

Faute de pouvoir reproduire entièrement ce texte, il convient d’en livrer

quelques bribes, car il est remarquable – un texte humaniste (nous postulons

que ce mot a encore un sens) – et plus éloquent que n’importe

quel commentaire.

D’abord l’exigence de l’artiste : Le cinéma est mon langage, et sans langage,

je suis silencieux, et dans le silence, je cesse d’exister. Le silence peut tuer,

rester silencieux, c’est se fermer littéralement au sentiment d’humanité (…)

J’ai dû trouver ma voie en tant que cinéaste, maintenir un sentiment

d’humanité propre ainsi qu’un mode d’expression personnelle. (…)

Le projet : Je fais ce que je sais faire. Rien d’autre. Il s’agit de faire des films

pour me libérer et, bien sûr, pour libérer les autres, le spectateur en

particulier. C’est aussi faire des films qui explorent, qui expriment le moi.

Exprimer le moi signifie également l’exposer tout en permettant le dialogue

avec les autres. Non seulement le dialogue mais un processus d’investigation

et de réflexion pour tous, un «transfert positif» en termes lacaniens. Pour

pouvoir l’accomplir, la fabrication du film doit être honnête et révélatrice.

Il faut qu’elle porte témoignage sur le sujet, sur le moi. Qu’elle fasse en

sorte que le spectateur puisse s’engager avec son moi et ses sentiments

propres. Les films, mes films, doivent s’ouvrir à l’allusion et à l’espace

intime afin de permettre au spectateur d’y entrer et d’y réfléchir. (…)

La forme : Mes films sont fabriqués par un processus réflexif (souvent

méditatif) devenant par là même des réflecteurs. Voilà qui oblige à un type

(un style) de réalisation en dehors, au-delà des barrières du «récit»

conventionnel (au-delà même du voyeurisme). Pour ce genre de films

(qu’on qualifie souvent de «personnel»), il n’est pas de dénomination précise.

Le cinéma comme une aventure : En raison de cette absence de classification,

absence d’explication, ces films paraissent difficiles, voire menaçants pour

certains (et pour les conventions établies). L’effet miroir produit par un type

de cinéma «personnel» et «expressif» comme le mien (ou celui de quelques

autres) présente une image infinie de la vie (…)

Considérons que l’expérience de faire (ou voir) un film «personnel» (ou un

film sans frontières) est une sorte de voyage en pays inconnu – en un lieu

où nous ne sommes jamais allés –, une histoire d’amour avec quelqu’un

nous demandant des choses que nous n’avons jamais faites. Cela devient

une aventure, un processus révélateur de l’identité propre. Cela insiste sur

le fait que le spectateur doit travailler et regarder. (…)

Ce genre de films, mon genre de films, va chercher assez loin pour voir non

seulement le beau mais le terrible; les choses apparemment repoussantes

qui existent, sont communes à tous les êtres et ont une valeur.

Toute glose de ces extraits serait vaine – on peut noter la rigueur et la densité

de la langue, donc de la pensée. Mais ils permettront, c’est notre espoir, de

vivre plus intensément l’aventure des quatre films dont il va être question

(et de l’ensemble des films de ce coffret). Ils permettent aussi de lever le

soupçon de voyeurisme (on a même parlé de scoptophilie [ ? !]) ou

d’exhibitionnisme – donc de gratuité – trop souvent développé à l’égard de

certains films de Dwoskin. Il permettent enfin de «relativiser» des propos

du genre : Si le travail qu’a accompli là Stephen Dwoskin est remarquable

et méritoire, il n’en demeure pas moins assez imparfait techniquement.

A film is like a battleground, love, hate, action, violence and death, in one

word : emotion. C’est, bien sûr la manière dont Samuel Fuller définit le

cinéma pour Pierrot-Ferdinand.

Dans Behindert (1974), Outside in (1981), Pain is (1997), Intoxicated by

my illness (2000), les champs de bataille que choisit Steve Dwoskin sont

ceux de la paralysie et de l’amour, de la maladie et de la mort, de la

souffrance et du plaisir, de la violence des choses et de la douceur des

femmes. Et, contrairement à beaucoup d’officiers supérieurs, il n’hésite

pas à payer de sa personne.

C’est dans Behindert que Dwoskin se met en scène pour la première fois,

tout simplement, dit-il, parce que c’est sa propre histoire qu’il raconte.

Une histoire simple : un homme et une femme – que des titres de

films – se rencontrent au cours d’une soirée entre amis, ils se revoient,

vivent ensemble quelque temps, puis la femme s’en va.

Émotion, disions-nous : la séquence de la rencontre dure une quinzaine

de minutes, quinze minutes de regards de Carola, femme qui regarde,

femme qui est regardée – par la caméra, le personnage Steve n’apparaît

jamais dans cette première partie du film, il reste l’homme-caméra de

ses autres films –, femme en représentation, femme saisie dans son

intimité intérieure. Il nous semble que jamais les attentes interrogatives,

les frémissements de la sensibilité, la curiosité fiévreuse, l’angoisse vague

qui accompagnent une première rencontre amoureuse n’ont été mieux

montrés. La suite est aussi jubilatoire et déchirante. Le cinéaste nous

demande de regarder des choses que nous n’avons jamais regardées et il

nous raconte une histoire d’amour qui peine à se frayer un passage dans

les aléas du quotidien – d’un quotidien handicapé – et qui s’y enlisera.

La question fiction-réalité n’a pas grand sens si l’on admet que ce qui est

réel n’a pas besoin d’être regardé pour exister.

Note en passant

Les plans sont brefs, le montage saccadé, la prise de vue «tremblée».

Le malaise est visiblement voulu. Autrement dit, la technique – très voisine

de celle du cinéma d’amateur – se réclame de l’avant-garde. C’est donc un

effet de l’art, un parti pris, écrit Stanislas Gregeois à propos de Behindert

dans Télérama en 1977.

Nous ne reviendrons pas sur des considérations techniques puisque nous

n’avons pas la prétention – ni les moyens – de faire un travail d’analyse.

Mais que dirait-on si des considérations de ce genre étaient développées

à propos de Céline, par exemple : Les phrases sont maladroites, la syntaxe

tremblée, le vocabulaire approximatif. (…) Autrement dit, la technique – très

voisine de celle d’un écrivain amateur etc. Quel tort ont pu causer aux films

de Dwoskin – qui sont aussi bouleversants que des films de Ford ou de Chaplin

(ad libitum) – des propos de cette encre ? C’est parce qu’ils sont «écrits»

comme ils le sont que les films de Dwoskin sont bouleversants. Ce sont les

jambes de Dwoskin qui sont paralysées, pas ses capacités techniques, ni son

énergie créatrice.

Avec Outside in, Dwoskin nous offre un film que nous serions tenté de qualifier

de picaresque. Un roman picaresque est une confession imaginaire. Le picaro

fait à la première personne du singulier le récit de «ses fortunes et

adversités» (…) Aux images stylisées du chevalier ou du berger arcadien

(les productions cinématographiques «courantes» ?), le picaro prétend

substituer une stylisation narquoise de l’expérience quotidienne dont il ne

retient à dessein que ce qu’elle peut présenter de plus dérisoire.

En général, l’expérience quotidienne ainsi conçue ne saurait être objet de

littérature (ou de cinéma).

Steve (le personnage) se retrouve dans des situations étranges, est confronté

à des personnages bizarres (ou qui deviennent bizarres du fait de leur

rencontre avec Steve justement). Se succèdent farces et aventures avec

des femmes, bien sûr, mais aussi avec des hommes et, en particulier avec

deux ivrognes qui se sont mis dans la tête que Steve avait besoin d’être aidé.

Il est peut-être temps de parler de l’utilisation du comique par Dwoskin :

Outside in est un film qui parle du handicap, c’est un film qui est drôle aussi,

voire burlesque. Seul, évidemment, un handicapé peut utiliser ce mode

pour se mettre en scène comme personnage handicapé.

Bergson affirme, d’une part, que peut devenir comique toute difformité

qu’une personne bien conformée arriverait à contrefaire (p. 18) et, d’autre

part, que nous aurons surtout une impression de comique quand on nous

montrera l’âme taquinée par les besoins du corps, – d’un côté la personnalité

morale avec son énergie intelligemment variée, de l’autre le corps stupidement

monotone, interrompant et intervenant avec son obstination de machine.

Plus ces exigences du corps seront mesquines et uniformément répétées,

plus l’effet sera saisissant. (pp. 38-39)

Stephen Dwoskin choisit donc de montrer le corps de son personnage Steve

comme un corps potentiellement comique et il n’hésite pas en jouer, soit

classiquement (final «apocalyptique» du film où on le voit entraîner dans

sa chute une cuvette de W.C. que, rigolard et ruisselant, il enlace), soit de

manière plus dialectique (la séquence – digne de Buster Keaton – au cours

de laquelle il rencontre un éditeur qui veut à toute force qu’il s’assoie sur

une chaise pivotante… pour simplifier leur entrevue. Comme celui de Keaton,

le visage de Steve reste impassible). Le comique peut aussi venir de

l’opposition du texte off et de l’image (comme dans les séquences répétées

où Steve essaie de rejoindre une femme étendue sur un lit, séquences

répétées mais aux infinies et subtiles variations de cadre, de vêtements,

de plans, de lumière). Il faut encore peut-être, surtout – évoquer cette

séquence dans laquelle une femme vêtue seulement d’une petite culotte

équipe ses jambes – comme s’équipe un écuyer – des appareils

orthopédiques de Steve et se mesure à la difficulté que présente dès

lors chaque mouvement. Á ce moment nous sommes dans la situation

décrite par Bergson : elle rit et Steve rit, mais qu’en et-il du spectateur ?

Est-ce qu’il rit ? Il faut bien, dit Bergson, qu’il y ait dans la cause du

comique quelque chose de légèrement attentatoire (et de spécifiquement

attentatoire) à la vie sociale, puisque la société y répond par un geste qui

a tout l’air d’une réaction défensive, par un geste qui fait légèrement

peur (p. 157). Est-ce ce que voulait dire Stephen Dwoskin quand il craignait

que ses films devinssent menaçants pour certains. D’autant que l’on pourrait,

sans trop – nous semble-t-il – solliciter le sens, traduire Outside in par Mon

cœur mis à nu.

Une des dernières séquences – en noir et blanc – de Pain is montre un

spectacle de clown : une corde est tendue et le clown veut y accéder, il

perd plusieurs fois l’équilibre, tombe, se relève, recommence et,

finalement, se révèle un merveilleux danseur de corde. Une métaphore

de Dwoskin comme cinéaste ? C’est ce que nous pouvons y voir, ce que

nous y voyons aussi.

Il dit, lui, dans Pain is, La comédie semble refléter la structure d’une douleur,

ce déplacement de l’affliction vers la disparition. Il dit encore : Est-ce

l’absence de douleur dans une situation qui semble douloureuse qui nous

fait rire ? Le rire est un grand réducteur de douleur.

Dwoskin ne pourra jamais contrefaire l’homme qui marche et s’il connaît à

merveille les lois «mécaniques» du comique, il les plaque non sur du vivant,

comme le voulait Bergson, mais sur du vécu. Et c’est sublime.

Nous reviennent en mémoire ces deux vers d’un grand mélancolique, Musset,

qui s’était trouvé presque seul, un soir, au théâtre français, car on n’y jouait…

que Molière et qui, à propos du comique de celui-ci, écrit :

Quelle mâle gaîté si triste et si profonde

Que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer.

Pain is est un «documentaire» réalisé pour Arte en vue d’une soirée

thématique sur le thème suivant : Qu’est-ce que la douleur ? Nous avons

dit documentaire alors qu’il eût fallu parler de réflexion, voire de méditation.

Le projet est relativement classique dans la mesure où il s’agit d’une suite

de prises de parole, mais c’est Dwoskin qui dit le commentaire – une voix

chaude, attentive, modeste – c’est lui qui mène les entretiens, c’est lui qui

problématise (il parle bien d’une quête personnelle, le sujet de tous ses films,

en somme).

Peut-on élaborer une image de la douleur ? Comment perçoit-on la douleur et

comment l’exprime-t-on ? La douleur nous affecte si profondément que nous

sommes obligés de lui donner un sens, dit-il (la substance de son travail).

Il est surtout question de maladies physiques, psychologiques ou morales,

mais ne sont pas omises les douleurs délicieuses – ces étranges frontières

communes de la souffrance et de la jouissance (un autre thème récurrent de

son œuvre), l’érotique de la douleur ou la douleur érotisée (et il se prête

lui-même aux expériences nécessaires) –, la douleur du sportif arrachant sa

fonte ou encaissant des coups, les douleurs extasiées de la religion.

Le film est beau et dense parce qu’il est le reflet du regard de Dwoskin,

parce qu’il est l’écho de ses angoisses et de son quotidien, parce qu’il donne

non à voir mais à regarder et à méditer. On peut, paraît-il, s’arranger de sa

douleur – souvent pour se libérer de la douleur, il faut plonger dans la

douleur – Comment appelleriez vous votre douleur, demande Dwoskin à un

jeune homme, les Anciens l’appelaient chien ? – Je l’appellerais la vie,

répond le jeune homme. La vie pour laquelle on se bat (encore un champ

de bataille) derrière les murs des couloirs interminables d’un hôpital que

Dwoskin parcourt en longs travellings fiévreux ou apaisés.

Et il y a ces plans récurrents d’arbres agités par le vent… Extérieur jour

pour respirer ? Métaphore de la condition humaine (mais l’homme est plutôt

un roseau) ? Hommage au physiologiste Marey qui, grâce au cinématographe,

a décomposé, entre autres, le mouvement d’un homme qui marche, mais

a aussi filmé la fumée ou les feuilles qui tombent ? Hommage au cinéma

qui a permis la reproduction du mouvement et donc de la durée et,

subsidiairement, de la vie et de sa fin?

Intoxicated by my illness nous parle de la fin proche, de la limite. Mais c’est

comme si nous disions que, par exemple, Rigoletto nous parle de la paternité

(le sujet est à la mode cette année). Bien sûr, il est question de paternité

dans Rigoletto et Rigoletto est intoxiqué par sa paternité. Mais vous

reconnaîtrez qu’en disant cela, nous ne disons rien de Rigoletto. Eh bien,

Intoxicated est un film opéra avec une partie pour barytons et soprani et

une partie pour ténors et mezzo-soprani, la lutte entre frères ou sœurs ou

frères et sœurs, ennemis, mais superficiellement puisqu’ils sont frères

et soeurs.

Un travail voluptueux sur l’image comme une musique avec élaboration

contrapunctique, chant et contre chant – non, pas champ et contre champ,

nous ne sommes pas au cinéma.

L’antichambre de la mort, les couloirs parcourus de l’hôpital Saint-Thomas

encore, la chambre des urgences, comme une salle de torture avec ses

instruments bizarres qui aident paradoxalement à vivre, des femmes en

blanc qui se penchent sur des hommes qui souffrent, qui respirent mal,

qui meurent – un malade au visage de momie longuement scruté avec un

drain comme une fleur rose et jaune qui jaillit de son cou. Ces femmes

en blanc ont des gestes délicats et sûrs, elles savent comment soulager

et parfois elles tourmentent pour soulager. Leur croupe – nous employons

ce mot car il est exigé par l’image – leur croupe cependant est suivieavec

insistance par un homme, de ceux qui respirent mal et souffrent et meurent,

un homme qui rêve, éveillé peut-être, c’est Steve. Et nous voilà au

Venusberg, les femmes sont en noir, les hommes sont toujours allongés nus,

enchaînés, ligotés, suspendus, les femmes en noir ont des gestes délicats et

sûrs, elles savent comment les soulager, comment les tourmenter pour les

soulager. Et le rythme s’accélère et, bientôt, les deux univers se mêlent,

se superposent, se repoussent et s’attirent. Les femmes deviennent

interchangeables, les en noir et les en blanc. On ne sait plus qui souffre

et qui jouit. Et si la mort ?

Au fond, nous n’avons voulu dire qu’une chose, même s’il nous a fallu du

temps pour la dire : Stephen Dwoskin est un cinéaste infiniment plus

important que Steven Spielberg et il est tout aussi infiniment regrettable

que la diffusion de leur travail ne soit pas le contraire de ce qu’elle est.

Mais, bon, là, maintenant, tout le monde a l’air de trouver cela normal.

Stephen Dwoskin — 14 Films

Édition originale 2006 · 5 DVD · 14 films · exemplaires neufs et scellés encore disponibles.

Commander le coffret — CHF 150

Hors frais d’envoi.